Je n’ai pas le droit de me plaindre

«Je n’ai pas le droit de me plaindre!»

Bien souvent, aujourd’hui, voilà ce que nous nous disons. Parce que c’est vrai, nous nous trouvons chanceux bien que nous n’ayons pas «de chance» à proprement parler. La vie est belle, même au travers des épreuves et apporte des joies qu’il suffit de remarquer, d’observer.

Mais parfois, nous ressentons de la tristesse, du découragement; nous avons mal.

Nous avons appris à relativiser, à nous tourner vers l’action pour palier les difficultés et de mettre en œuvre tout ce qu’il est possible pour retrouver le sourire.

La souffrance est pourtant là, comme une épine dans le talon.Et elle n’est pas un caprice pour qu’on s’occupe de nous. Il se trouve toujours quelqu’un pour prétendre avoir «vraiment» connu la souffrance et rendre la notre illégitime à ses yeux. A répéter «on a la santé, de quoi te plains-tu?» . Toutes ces phrases, somme toute vraies, mais qui ne peuvent rien quand on souffre et qui sont le fait de personnes incapables de compassion, de bienveillance ,par peur bien souvent.

Face à ce genre de réaction, nous pouvons être démunis. Nous pensons parfois même que cette personne a raison; après tout, la maladie, l’injustice sont douloureuses, visiblement. Et le fait qu’elles soit quasiment quantifiables les valide, rendant les autres souffrances minimes voire inventées. Et commence alors un processus de négation de la souffrance , de sa validité ne permettant pas à celle-ci de se transformer pas plus que de disparaître finalement. Cette négation enferme la souffrance et ses émotions et modifie nos comportements, créant une sorte de frustration proche d’une forme d’injustice inconsciente.

Par réflexe donc, nous taisons, nous maquillons. Nous souffrons en silence de ne pourvoir la dire.

Il est bon de rappeler que la souffrance n’est pas quantifiable, pas comparable entre les êtres. Il n’existe pas de «petite» souffrance. Il existe la souffrance et personne, je dis bien , personne ne peut juger d’un degré quelconque, d’une hiérarchie qui autoriserait ou non l’expression d’une souffrance.

Parce que oui, nous pouvons souffrir en étant en bonne santé, en reconnaissant le monde comme merveilleux et notre vie agréable, en étant riche de mille choses, en ayant conscience de la douleur des autres qui nous semblerait pire que la notre.

Ne nous laissons pas impressionner par l’attitude de ces personnes sans doute malheureuses, elles aussi, mais se refusant à ce qu’elles considèrent sans doute comme un aveu de faiblesse. Et n’oublions pas que pour qu’elle disparaisse, il faut admettre que la souffrance existe et ne pas la brimer. Ne rend-on pas sa liberté à l’oiseau en ouvrant la porte de sa cage?

Nathalie D- Décembre 2018


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